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1948 dans l’historiographie arabe et palestinienne

Last modified: 2 novembre 2008
Nadine Picaudou

février 2010

Citer cet article

Nadine Picaudou, 1948 dans l’historiographie arabe et palestinienne, Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 15 février 2010, consulté le 30 juillet 2010, URL : http://www.massviolence.org/1948-dans-l-historiographie-arabe-et-palestinienne, ISSN 1961-9898

L’historiographie des événements de 1948 en Palestine reste un chantier ouvert et un véritable champ de bataille car ici l’écriture de l’histoire entre dans les enjeux mêmes du conflit. C’est au point que prétendre rappeler les faits hors des interprétations dont ils font l’objet apparaît comme une véritable gageure. Guerre d’indépendance pour les uns, catastrophe (nakba) pour les autres, placée ici sous le signe de l’héroïsme fondateur, là sous le signe de l’anéantissement d’un monde. Récits affrontés qui ne cessent d’interroger la périodisation et la qualification des faits survenus entre le 29 novembre 1947, date à laquelle la résolution 181 de l’ONU propose de partager la Palestine en deux Etats, l’un juif, l’autre arabe, et janvier 1949 lorsqu’un ultime cessez-le-feu met fin aux combats entre le jeune Etat d’Israël, né le 14 mai 1948, et ses voisins arabes. Il n’en faut pas moins tenter de restituer une trame événementielle minimale si l’on veut mesurer les enjeux de l’interprétation historiographique et pour cela distinguer dès l’abord entre le conflit communautaire judéo-palestinien, qui s’exacerbe au lendemain du plan de partage, et l’affrontement israélo-arabe consécutif à l’entrée en Palestine des armées d’Egypte, de Syrie, de Transjordanie, d’Irak et du Liban, le 15 mai.

La résolution 181 de l’ONU recommandait le partage du territoire palestinien, jusqu’alors placé sous mandat britannique, entre un Etat juif sur 54% de sa superficie et un Etat arabe sur les 46% restants. Si le territoire alloué à l’Etat arabe n’abritait guère plus de 10.000 juifs, 55% seulement de la population était juive dans les limites du futur Etat juif. Jérusalem devait constituer un corpus separatum, une enclave sous tutelle internationale. Le conflit communautaire judéo-palestinien s’intensifie progressivement à compter de décembre 1947 avant qu’une offensive sioniste d’envergure, déclenchée le 4 avril 1948 dans le cadre du plan Dalet, ne vienne inscrire sur le terrain l’irréversible réalité de la partition. A quelques jours de l’expiration officielle du mandat britannique et de la proclamation unilatérale de l’Etat d’Israël, le tracé onusien du plan de partage n’est plus qu’un chiffon de papier et l’exode des populations civiles de Palestine a pris l’ampleur d’un déracinement de masse alors même que les armées arabes ne sont pas encore entrées sur le territoire. C’est le 15 mai qu’elles franchissent les frontières, venant s’ajouter aux quelques milliers de combattants des milices palestiniennes, au premier rang desquelles le Jihad al-muqaddas d’Abdel Qader al-Husseini, et l’Armée arabe de Libération ( Jaish al-Inqadh) , un corps de volontaires arabes venus de Syrie à partir de janvier 1948 et commandés par Fawzi al-Qawuqji. Les armées arabes passent à l’offensive jusqu’à la première trêve, intervenue le 11 juin. Lorsque les combats reprennent le 9 juillet, l’armée israélienne entame une véritable course de vitesse contre les forces arabes afin de prévenir l’application du plan préparé par Bernadotte, le médiateur de l’ONU, qui proposait de confier à la Transjordanie la Palestine centrale, Jérusalem et le Néguev et de limiter l’immigration juive. La Grande-Bretagne parvient à imposer une deuxième trêve entre le 19 juillet et le 18 septembre ; elle sera violée par Israël qui s’empare de la Galilée et du Néguev avant d’accepter un cessez-le-feu. Au terme des guerres de 1947-1949, ce sont quelques 750.000 à 800.000 Palestiniens qui ont fui leur domicile sur une population arabe estimée entre 900.000 et 1 million de personnes à la veille de l’exode. (Abu Lughod, 1971 : 139-164). 65% d’entre eux ne quittent pas les limites de la Palestine puisque 39% s’installent en Cisjordanie et 26% à Gaza ; 14% trouvent refuge au Liban, 10% en Syrie et 10% en Transjordanie.

Du point de vue arabe et palestinien, le paradigme de la catastrophe n’a cessé de nourrir la mémoire collective autant que l’historiographie. Il n’est pas sûr pour autant que l’on puisse partager le diagnostic d’Abraham Sela lorsqu’il écrit : « L’historiographie arabe de 1948 consiste pour l’essentiel en une littérature non-scientifique plus fondée sur la mémoire collective que sur l’historiographie critique » (Sela, 1991 :125). Car ce constat opère un amalgame discutable entre historiographie palestinienne et historiographie arabe et se fonde par ailleurs sur une opposition radicale entre mémoire et histoire dont l’historien du temps présent a appris à mesurer les limites.

Online Encyclopedia of Mass Violence® - ISSN 1961-9898 - Edited by Jacques Semelin