Le 10 mai 1940, en passant à l’offensive, les Allemands mettent fin à la « drôle de guerre » commencée en septembre 1939 et à cette période où, sans faire la guerre, la France était pourtant entrée dans le conflit depuis plus de huit mois. Le Haut Commandement militaire français avait opté jusque-là pour une stratégie défensive : la « guerre éclair » de la Wehrmacht démontre l’échec de ce choix. Le 15 mai, le front est percé et, après les attaques sur la Somme (le 7 juin) et sur l’Aisne (le 10 juin), la défaite française consommée. Le 10 juin, le gouvernement quitte Paris, où les troupes allemandes font leur entrée le 14. Une semaine plus tard, elles sont à Bordeaux. Le désastre est immense. On compte plus de 90 000 soldats français morts au combat, 200 000 blessés et 1 850 000 prisonniers. Au moins 8 millions de personnes, paniquées, sont sur les routes d’un exode qui traduit à la fois « la démesure d’un événement indescriptible dans sa totalité », « la fragilité de l’armature sociale et la gravité de la crise de la nation. » « Perçu par une majorité de Français comme le seul recours possible et l’unique solution de survie, le maréchal Pétain impose le choix politique de l’armistice à un pays naufragé » (P. Laborie, Dictionnaire historique de la Résistance, p. 591). Il est signé dans la clairière de Rethondes le 22 juin avec l’Allemagne, le 24 avec l’Italie. Par cette voie, qui n’était pas celle de la capitulation et de la poursuite de la lutte, sous d’autres formes, c’est Vichy qui s’impose. Avec lui, la collaboration avec l’Allemagne. Officiellement, Vichy commence le 10 juillet, avec le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain par la Chambre des députés et le Sénat. Le nouveau chef de l’Etat français concentre tous les leviers de commande, l’exécutif comme le législatif.
France : zones occupées 1940-1944 Mais l’armistice a d’autres conséquences immédiates : l’occupation partielle du territoire et son découpage en zones relevant d’autorités politiques différentes (cf. carte). L’Allemagne occupe en effet les trois cinquièmes de la métropole, les plus intéressants économiquement, et les côtes de l’Atlantique et de la Manche. Un commandement militaire, le Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF), s’installe à Paris pour administrer cette « zone occupée » : Otto von Stülpnagel en prend la direction en octobre 1940. Le gouvernement français s’installe lui à Vichy, en « zone libre » ; une ligne « de front » puis « de démarcation » séparant ces deux zones « Nord » et « Sud ». L’armistice signé avec l’Italie aboutit à amputer de manière réduite – une quinzaine de communes, principalement dans les Alpes-Maritimes – la zone libre laissée sous le contrôle total de Vichy.
Reste que la défaite et l’occupation découpent encore plus le pays, morcelant la France (E. Alary, 2003, pp. 17-37). Avant même Rethondes, les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais sont rattachés au Commandement militaire de Bruxelles (Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich , MBB) dirigé par le général von Falkenhausen : l’armistice du 22 juin ne revient pas sur ce découpage maintenu tout au long de la guerre.
Il ne mentionne pas plus l’annexion de fait qui est en train de se dérouler pour les trois départements d’Alsace et de Moselle et qui est officialisée en octobre 1940. Dès le 20 juin, deux Gauleiter sont nommés par Hitler pour administrer civilement ces territoires : l’Alsace est rattachée au pays de Bade pour former le Gau Oberrhein sous l’autorité de Robert Wagner ; quant à la Moselle, elle forme avec la Sarre et le Palatinat, le Gau Westmark dirigé par Josef Bürckel. Les frontières françaises disparaissent alors que l’ancienne délimitation du traité de Francfort de mai 1871 est réactivée, avec l’installation notamment d’une Douane allemande. Les convois de déportation prenant la direction de Metz passent officiellement la frontière du Reich à Novéant – Neuburg an der Mosel –, à la limite de la Moselle annexée.
Autre résultat de la défaite, les autorités allemandes maintiennent la « zone interdite » créée dans le Nord et l’Est du pays à l’été 1940 (touchant dix-sept départements jusqu’à la frontière suisse) pour y interdire le retour des réfugiés de l’exode. La garde de cette ligne est supprimée en décembre 1941. En zone occupée, à partir d’avril 1941, une zone côtière interdite est créée tout au long des rivages occupés, des Basses-Pyrénées au Nord, du fait de leur importance stratégique.
Enfin, nouvelle modification territoriale, d’envergure, l’invasion de la zone Sud le 11 novembre 1942 amène l’occupation de la totalité de la France, la région située à l’est de la vallée du Rhône et la Corse étant laissées, jusqu’à la proclamation de l’armistice italien en septembre 1943, sous le contrôle des forces armées de Mussolini. Par contre, dans les nouveaux territoires ainsi occupés par les Allemands, et notamment pour conserver la fiction d’un gouvernement de Vichy souverain, les attributions du MBF ne sont pas directement étendues. Il s’agit d’une « zone d’opérations militaires » et c’est le commandant en chef du front de l’Ouest qui en a la responsabilité. Il nomme pour cela un représentant à Vichy, devant assurer la liaison avec le gouvernement français, et un Commandant de la région militaire France-Sud, à Lyon, pour administrer ce secteur avec les mêmes directives que le commandant militaire en zone « Nord ». La confirmation des jugements du seul tribunal militaire installé en zone Sud est d’ailleurs « officieusement » le fait des services du MBF (G. Eismann, 2007:157).
Ce découpage territorial a des conséquences politiques essentielles puisqu’il amène l’installation de systèmes d’occupation différents pour gérer la France des frontières de 1939 : deux administrations militaires allemandes (en zone Nord avec le Commandement de Paris, et dans la zone rattachée avec celui de Bruxelles), un Commandant allemand de forces armées en zone Sud à partir de novembre 1942 (et un autre italien pour leur zone d’occupation), deux administrations civiles du Reich pour l’Alsace et la Moselle. Dans ces différentes zones, la gestion de l’Occupation ne fut pas identique, ni a fortiori la politique de persécution ou la manière de mener la répression. Les conséquences qu’entraîne l’évolution du conflit militaire diffèrent également. La chronologie qui suit exclut de ce fait les histoires particulières de la répression et de la persécution dans les deux départements rattachés au Commandement militaire allemand de Bruxelles (E. Dejonghe, Y. Le Maner, 1999 ; L. Thiery, 2007) et dans les trois autres annexés de fait au Reich (P. Rigoulot, 1998 ; C. Neveu, 2007). Rappelons toutefois ici brièvement le bilan de ces politiques, à l’échelle de ces zones particulières (un tableau que les historiens n’ont pas encore fini d’établir).