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Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997)

Last modified: 16 mars 2010
Olivier Lanotte

février 2010

Citer cet article

Olivier Lanotte, Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 24 février 2010, consulté le 30 juillet 2010, URL : http://www.massviolence.org/Chronologie-de-la-Republique-democratique-du-Congo-Zaire, ISSN 1961-9898

 1. LA CRISE CONGOLAISE (1960-1963)

Présentation générale

Le Congo ex-belge accède à l’indépendance le 30 juin 1960. Joseph Kasa-Vubu, Président de l’Association des Bakongo (ABAKO), devient le premier Président du nouvel Etat, qui prend le nom de République du Congo, tandis que Patrice Lumumba, leader du Mouvement national congolais / majoritaire (MNC-L) et vainqueur des élections législatives de mai, accède au poste de Premier ministre. La fête est néanmoins de courte durée, le jeune Etat congolais étant rapidement confronté à une série de conflits internes qui menacent l’unité du pays et exposent ses populations aux affres de la guerre civile. Le 10 juillet, déçus de voir que l’indépendance n’apporte aucun changement à leur condition, les soldats de la Force publique se mutinent contre leurs officiers européens. Les exactions commises par les mutins, lesquelles sont montées en épingle par la presse occidentale – les documents officiels belges évoquent en réalité un bilan de quatre tués et cinquante-deux viols parmi les Européens (Hoskyns, 1965 : 48) – et la panique qui s’ensuit parmi les 97.000 Blancs encore présents au Congo, provoquent très vite l’intervention des forces métropolitaines belges basées à Kamina et à Kitona afin de protéger et bientôt d’évacuer les ressortissants étrangers. Perçue comme une « agression », cette intervention provoque la mutation de la mutinerie en un conflit militaire entre la Belgique et le Congo.

Le 11 juillet, tandis que les troubles s’étendent à tout le pays, le leader de la province minière du Katanga, Moïse Tshombe, lequel bénéficie du soutien de l’Union minière du Haut Katanga (UMHK) et d’une grande majorité de colons, profite de l’intervention belge et du chaos à Léopoldville pour proclamer l’indépendance du Katanga. Un mois plus tard, le 8 août, ce sera au tour de l’Etat minier du Sud-Kasaï de faire sécession sous l’égide du leader du Mouvement national congolais / minoritaire (MNC-K), Albert Kalonji. Le 13 juillet, le Premier ministre Lumumba rompt les relations diplomatiques avec la Belgique et fait appel à l’Organisation des Nations unies pour réduire la sécession du Katanga où la situation est d’autant plus complexe que l’Association générale des Baluba du Katanga (Balubakat) et son leader Jason Sendwe s’opposent à la sécession menée par Tshombe. Très vite, les bandes de jeunes Baluba entrent à leur tour en rébellion contre Elisabethville tandis que Jason Sendwe proclame bientôt la création d’une province de Lualaba dans le Nord-Katanga.

Le 5 septembre, les exactions perpétrées lors des opérations de reconquête du Sud-Kasaï (première étape de l’offensive de Léopoldville sur le Katanga) par la Force publique, rebaptisée entretemps Armée nationale congolaise (ANC), amènent le président Kasa-Vubu à remplacer Patrice Lumumba par Joseph Ileo à la tête du gouvernement congolais. Le 14 septembre, tandis que Patrice Lumumba refuse de se soumettre et destitue à son tour le Président Kasa-Vubu, le Colonel Mobutu s’empare du pouvoir et suspend les institutions. Il maintient Joseph Kasa-Vubu à la tête de l’Etat, assigne Patrice Lumumba en résidence surveillée et confie le pouvoir à un Collège de Commissaires constitué de jeunes universitaires (Groupe de Binza) et dirigé par Justin-Marie Bomboko. Ce coup d’Etat incite les partisans et alliés de Patrice Lumumba à se réfugier à Stanleyville où le leader du Parti solidaire africain (PSA) et ancien vice-Premier ministre du gouvernement Lumumba, Antoine Gizenga, révoqué lui aussi le 5 septembre, reconstitue un gouvernement central regroupant un certain nombre de ministres lumumbistes.

Après avoir tenté en vain de rejoindre Antoine Gizenga à Stanleyville, Patrice Lumumba est transféré à Elisabethville le 17 janvier 1961 où il est assassiné par les troupes de Moïse Tshombe. Un mois plus tard, le 13 février, le Collège de Commissaires est dissout au profit d’un gouvernement provisoire dirigé par Joseph Ileo. Le Congo compte alors trois gouvernements concurrents à Léopoldville (Ileo), Stanleyville (Gizenga) et Elisabethville (Tshombe).

En août 1961, dans un esprit de conciliation, le Président Kasa-Vubu remplace Joseph Iléo par le syndicaliste Cyrille Adoula lequel est chargé de former un gouvernement d’union nationale regroupant nationalistes lumumbistes (dont Gizenga et Gbenye) et membres du groupe de Binza, et qui va gouverner le Congo jusqu’en juin 1964 avec l’aide des Nations unies. La « réconciliation » entre les partisans du président Kasa-Vubu et les nationalistes lumumbistes, qui marque la victoire des forces du centre, ne signifie pourtant pas le retour au calme. Bien que nommé vice-Premier ministre du gouvernement Adoula, Antoine Gizenga campe sur ses positions dans son bastion de Stanleyville. Par ailleurs, le Katanga de Moïse Tshombe refuse toujours catégoriquement de réintégrer le giron de Léopoldville.

Antoine Gizenga sera le premier à être neutralisé lorsqu’en janvier 1962, le général Lundula et Christophe Gbenye, après avoir négocié avec le Général Mobutu, procèdent à son arrestation et l’expédient à Léopoldville où il est placé en résidence surveillée. Le conflit entre Elisabethville et le gouvernement central est plus long à résoudre puisqu’il perdure pendant plus d’une année encore, et ce malgré l’intervention de plus en plus marquée de l’Organisation des Nations unies au Congo (ONUC). Entre août 1961 et janvier 1963, les casques bleus des Nations unies lancent trois grandes offensives afin de réduire la sécession katangaise. Il faut cependant attendre l’offensive de décembre 1962 pour voir les efforts des Nations unies enfin couronnés de succès. Le 15 janvier 1963, le Katanga capitule. Dans les jours qui suivent, tandis que Moïse Tshombe part en exil, de nombreux mercenaires et gendarmes katangais se réfugient en Angola.

Online Encyclopedia of Mass Violence® - ISSN 1961-9898 - Edited by Jacques Semelin