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Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997)

Last modified: 16 mars 2010
Olivier Lanotte

février 2010

Citer cet article

Olivier Lanotte, Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 24 février 2010, consulté le 9 septembre 2010, URL : http://www.massviolence.org/Chronologie-de-la-Republique-democratique-du-Congo-Zaire, ISSN 1961-9898

Séquence chronologique

1960 : juillet ; Dans le contexte de mutinerie de la Force publique, un nombre indéterminé d’Européens sont assassinés dans différentes villes du Congo, notamment à Elisabethville, Stanleyville, Coquilhatville, Goma, etc. (Hoskyns, 1965 : 48 ; Lantier, 1969 : 99) A la mi juillet, tandis que les Européens fuient le Congo et tentent de se réfugier en Angola, quarante-deux personnes sont tuées dans la région de Noqui (Noki) sur la frontière congo-angolaise (Rouch, 1961 : 28) *.

13 juillet ; Un nombre indéterminé de soldats congolais qui accompagnaient une colonne de réfugiés européens vers l’aéroport sont abattus de sang froid dans le centre de Léopoldville par une section des forces d’intervention belges (Willame, 1990 : 155) *.

août ; Le conflit ancestral entre Lulua et Baluba dans la région de Luluabour au Kasaï entraîne le départ forcé de nombreux Baluba. Un nombre indéterminé de Baluba sont tués (Scholl-Latour, 1988 : 196-197). En marge de ce conflit entre Lulua et Baluba, deux parlementaires batshoke (une ethnie alliée aux Baluba) sont assassinés par des Lulua. En représailles, cinquante-et-un civils lulua sont assassinés et découpés en morceaux par des combattants batshoke à la sortie de la mission des pères de Scheut près de Tshikapa (Rouch, 1961 : 123) *.

août-décembre ; L’offensive de l’Armée nationale congolaise contre le Sud-Kasaï donne lieu à d’innombrables tueries. Quatre-vingt civils auraient ainsi été tués dès le 26 août par l’ANC à Miabi (Kalonji, 1992). Dans les jours qui suivent la prise de contrôle sans effusion de sang de Bakwanga (de Witte, 2000 : 55-58 ; Willame, 1990 : 191) le 28 août, l’ANC doit faire face aux attaques de civils partisans d’Albert Kalonji. Le 29 août, tandis que les Baluba manifestent leur opposition à la présence de l’ANC, les soldats tirent dans la foule et pourchassent les émeutiers. Il y a quinze morts. Des centaines de Baluba sont faits prisonniers ; soixante-dix d’entre eux sont exécutés à Bena Makala. Dans les jours qui suivent, les troupes de l’ANC organisent un « ratissage » des villages aux alentours de Bakwanga. La répression à l’encontre des Baluba est féroce. Selon des estimations prudentes des Nations unies, elle aurait fait au moins trois cents morts. Le 31 août, soixante civils baluba qui s’étaient réfugiés dans les locaux de la mission Saint Jean à Bakwa Nyanguila sont tués par l’ANC. Le 4 septembre, à la suite d’un affrontement entre forces armées et partisans de Kalonji, les soldats de l’ANC achèvent l’ensemble des blessés laissés sur le terrain par les rebelles baluba. Dans la foulée, ils rasent le village de Lukelenge d’où semblaient provenir les insurgés baluba et y tuent tout ce qui bouge. Le lendemain, les forces de l’ANC mettent le feu au village de Tshilenge, provoquant la mort de nombreux civils. D’autres sources évoquent enfin, de manière moins précise cependant, des assassinats perpétrés par les forces de l’ANC à Kasengulu (Brassine, Kestergat, 1991 : 51-55 ; Gérard-Libois, Verhaegen, 1961 : 806 ; Rouch, 1961 : 115-122 ; Scholl-Latour, 1988 : 138-140 ; Willame, 1990 : 192) **.

Le conflit au Sud-Kasaï entraîne une famine qui touche 300.000 réfugiés et entraîne des cas d’anthropophagie. De source onusienne, en décembre 1960, au moins deux cents réfugiés meurent de faim chaque jour (Gérard-Libois, Verhaegen, 1961 : 810-811 ; Scholl-Latour, 1988 : 200). Dans la mémoire orale et populaire du Kasaï, les récits de ces événements tragiques ont largement alimenté la thèse d’un « génocide des Baluba » orchestré par l’Armée nationale congolaise et le Premier ministre Lumumba (Faïk-Nzuji, 2005 : 150-164 ; Kalonji, 1992 ; Ndaywel, 1997 : 575), ce que récusent un certain nombre d’observateurs (Hoskyns, 1965 : 48 ; Willame, 1990 : 187-196). Quoi qu’il en soit, les affrontements entre l’ANC et les milices pro-Kalonji auraient causé au total la mort de cinq à dix mille civils (Muya Bia, 1982 : 131 ; Kabamba, Kasusula, 1992 a : 71-75).

Les violences ne sont pas seulement le fait des forces de l’ANC. Ainsi en septembre, une cohorte de six cents « militants » du MNC-Kalonji commandée par un certain Dinungu quitte Elisabethville pour reconquérir le Sud-Kasaï. Arrivée sur place, cette troupe se scinde en plusieurs bandes qui pillent et assassinent tout sur leur passage (Dedeken, 1978, 78 : 11 ; Kestergat, 1986 : 74 ; Willame, 1990 : 194-195).

13 septembre ; Les jeunesses Balubakat assassinent le chef de secteur ainsi que tous les membres de l’administration du secteur du Lualaba (territoire de Bukama au Nord-Katanga). Dans les jours qui suivent, plusieurs dizaines de personnes sont assassinées lors d’attaques menées sur les villages de la région, comme à Mukula Kulu où vingt-deux civils (dont trois enfants) sont exécutés par les jeunesses Balubakat conduites par Liévin Nyembo (Gouvernement katangais, s.d. (a) : 32 ; Sonck, 1998 : 21) *.

15-16 septembre ; Violente répression de la rébellion des Baluba du Nord-Katanga par la gendarmerie katangaise commandée par le Colonel Crèvecoeur. Le 15 septembre, à leur descente du train en gare de Luena, les gendarmes katangais ouvrent le feu sur la foule, faisant de nombreuses victimes. Pendant deux jours, ils sillonnent Luena et les villages environnants. De nombreux civils sont arrêtés et emmenés en camion dans un endroit non déterminé. Les troupes des Nations unies retrouvent ces véhicules abandonnés quelques jours plus tard. Ils dénombrent soixante-huit corps, tous Baluba (Gérard-Libois, Verhaegen, 1961 : 774) **.

Dans les mois qui suivent, les « affrontements » et la répression contre les Baluba du Nord-Katanga se multiplient, faisant de nombreuses victimes civiles, comme à Mitwaba le 1er octobre lorsque vingt Baluba sont tués par les gendarmes katangais (Gérard-Libois, Verhaegen, 1961 : 776). Certaines estimations font état de sept mille Baluba tués au Nord-Katanga par la gendarmerie katangaise entre août et décembre 1960 (Bakajika, 1997 : 115 ; Davister, 1960 : 249-254). La terreur se poursuit en 1961 jusqu’à ce que la force des Nations unies au Congo s’interpose afin d’empêcher les opérations militaires de la gendarmerie katangaise dans le Nord-Katanga (Dayal, 1976 : 184, 200-201 ; Gérard-Libois, 1963 : 146-150 ; Lefever, 1965 : 63 ; O’Brien, 1962 : 140-156) **.

6-7 octobre ; Un nombre indéterminé de civils, dont des agents européens blessés lors de combats, sont exécutés dans d’atroces conditions par les jeunesses Balubakat dans la région de Kabalo (Gouvernement katangais, s.d. (a) : 27-29 ; Kennes, 2003 : 59-61 ; Willemart, 1988 : 59-61) *.

30 octobre ; Le Mulopwe Boniface Kabongo Kalowa est assassiné avec un nombre indéterminé de membres de sa famille et de sa suite par un certain Mukumbi, un leader kitawaliste de la région, et les jeunesses Balubakat (Kabuya Lumuna, 1992 : 44-72) **.

13-15 novembre ; Une quinzaine de notables (dont les chefs coutumiers Vincent Yangala, Norbert Kisimba et Bernard Kaboko) et enseignants accusés d’être membres du parti de Moïse Tshombe, la Confédération des Associations tribales du Katanga (CONAKAT), sont exécutés à Manono après avoir été tabassés à mort par les jeunesses Balubakat d’Ankoro menées par un certain Yumba et le chef Kiluba Mufungahema (Gouvernement katangais, s.d. (a) : 21-27 ; Kabuya Lumuna, 1992 : 74-80 ; Kennes, 2003 : 58, 342-345 ; Kissiki, 1995 : 59-103) **.

Online Encyclopedia of Mass Violence® - ISSN 1961-9898 - Edited by Jacques Semelin