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L’extermination des Arméniens par le régime jeune-turc (1915-1916)

Last modified: 22 mars 2010
Raymond Kevorkian

mars 2010

Citer cet article

Raymond Kevorkian, L’extermination des Arméniens par le régime jeune-turc (1915-1916), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 22 mars 2010, consulté le 9 février 2012, URL : http://www.massviolence.org/L-extermination-des-Armeniens-par-le-regime-jeune-turc-1915, ISSN 1961-9898

 Introduction

Parmi les innombrables violences observées durant la Première Guerre mondiale, l’extermination des Arméniens constitue l’épisode le plus sanglant touchant des populations civiles : environ un million cinq cent mille personnes perdent la vie en 1915-1916, victimes du régime jeune-turc (Cf. infra, « Le bilan des violences de masse »). Le contexte de guerre — la Turquie entre dans le conflit aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie — crée les conditions propices à un tel déchaînement de violence et permet de légitimer des mesures inconcevables en temps de paix. Entre avril et septembre 1915, un terroir arménien vieux de trois mille ans — les provinces arméniennes de l’Est de l’Asie Mineure — a été méthodiquement vidé de sa population, rayé de la carte en l’espace de quelques mois.

Fortement influencé par une Europe travaillée par des mouvements nationalistes extrêmes, mais encore dominée par des gouvernements libéraux, le Comité jeune-turc a été le premier parti nationaliste à accéder au pouvoir, à concevoir et à exécuter un programme d’extermination contre une partie de sa propre population préalablement exclue du corps social comme « ennemi intérieur ». Cette destruction a été conçue comme une condition nécessaire à la construction de l’Etat-nation turc.

Durant des décennies, ce crime n’a fait l’objet d’aucune étude historique digne de ce nom, mais a en revanche engendré une vaste littérature du témoignage, presque exclusivement publiée en arménien. Ce corpus donne à voir l’expérience individuelle et collective des victimes, mais est inexorablement resté confiné au monde arménien. Ces matériaux n’ont acquis un sens qu’après l’exhumation d’archives allemandes, austro-hongroises (d’États alliés de la Turquie), américaines (d’un pays neutre) et des dossiers d’instruction préparés après l’Armistice de Moudros qui a mis fin à la guerre avec l’Empire ottoman.

Documents officiels, lois de déportation et de confiscation des « biens abandonnés », statistiques, auditions d’officiers supérieurs, ordres télégraphiques chiffrés, archives de cours martiales des années 1915-1916, constituent un ensemble inestimable pour documenter les procédures d’extermination. Nous restons en revanche encore tributaires des mémoires de quelques cadres dirigeants du parti jeune-turc (Comité Union et Progrès = CUP) et de son extension paramilitaire, l’Organisation spéciale, chargée de l’exécution du programme d’extermination, pour la connaissance du processus de prise de décision. Seuls quelques documents émanant du Comité central jeune-turc et de son bras armé, l’Organisation spéciale, sont, à ce jour, connus.

La montée des nationalismes et les violences de masse touchant d’autres groupes (les Syriaques, les Jacobites, les Chaldéens, etc.), y compris Turcs, seront traîtés dans les autres index chronologiques prévus.

Online Encyclopedia of Mass Violence® - ISSN 1961-9898