Située dans la commune de Drancy, à 12 kilomètres au nord-est de Paris, la cité de la Muette a été le camp d’internement avant leur déportation vers les centres de mise à mort de Pologne, de 67 000 des 75 000 Juifs déportés de France, en majorité étrangers. Le terrain a été acquis en 1925 par l’office des HBM (les Habitations bon marché de la Seine). La cité comprend, dix ans plus tard, cinq tours de quatorze étages qui seront abattues après la Seconde Guerre mondiale, des bâtiments de quatre étages construits perpendiculairement aux tours, enfin une construction en U qui correspond au camp à proprement parler. Au total, 925 logements y ont été prévus, jamais habités avant la Seconde Guerre mondiale, sinon par les gardes mobiles. Ce n’est du reste qu’en 1976 que le poste de gendarmerie de Drancy va déménager de la cité de la Muette. Enfin, cet ensemble est situé à proximité de trois gares dont deux à larges faisceaux de voies vers l’Est. Le camp de Drancy n’a cependant pas été pensé à l’origine comme un élément central dans la mise en oeuvre du processus d’internement, de déportation puis de destruction des Juifs de France.
Lieu de détention des communistes pendant la « drôle de guerre » de septembre 1939 à mai 1940, la cité de la Muette devient ensuite un « camp d’internés civils britanniques » ou Frontstalag 111, regroupant des civils britanniques et canadiens, ainsi qu’un millier de civils français rapatriés d’Allemagne. A partir du 20 août 1941, la cité de la Muette accueille 4 232 Juifs raflés durant trois jours sur décision allemande et à l’instigation du Judenreferent SS Theodor Dannecker, dans les quartiers de l’Est parisien, notamment le XIe arrondissement. Il s’agit d’hommes âgés de 18 à 50 ans, Polonais, Roumains, Italiens…, mais aussi de nombreux Français, parmi lesquels 40 avocats.