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Case Study:

Le camp de Drancy

Last modified: 23 novembre 2009
Michel Laffitte

novembre 2009

Citer cet article

Michel Laffitte, Le camp de Drancy, Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 23 novembre 2009, consulté le 9 septembre 2010, URL : http://www.massviolence.org/Le-camp-de-Drancy, ISSN 1961-9898

 D. LES TEMOINS

Un certain nombre de récits ont été écrits à chaud. Noël Calef, interné au camp de Drancy au cours de la seconde moitié de 1941, décrit une première période de fonctionnement du camp, marquée par la famine et par les épidémies. Le récit est rédigé en 1942 et en 1943 par un homme devenu par la suite romancier et scénariste pour le cinéma, notamment pour le film de Louis Malle réalisé en 1958, Ascenseur pour l’échafaud (Calef, 1997).

D’autres témoins, morts en déportation, ont laissé un certain nombre de journaux. Serge Klarsfeld a notamment publié ceux de l’avocat François Montel, responsable juif du bureau administratif du camp, de janvier à avril 1942, et de son successeur jusqu’en juin 1943, Georges Kohn. Parti d’un récit autobiographique, Georges Wellers, chimiste de formation, pionnier du Centre de documentation juive contemporaine, a rédigé le premier grand livre consacré au camp de Drancy (Wellers, 1973). En dépit de la frilosité des éditeurs, des lettres et journaux ont encore été exhumés au cours de la dernière décennie du siècle. Il en va ainsi du journal écrit en détention par le dentiste Benjamin Schatzman, déporté à Auschwitz en septembre 1942 et père d’Evry Schatzman, le fondateur de l’école française d’astrophysique (Schatzman, 2005).

Le problème de l’existence d’un camp d’internement, au coeur même d’une agglomération de la région parisienne pose la question de l’attitude des populations environnantes, de ce qu’elles ont entendu ou vu, de leurs réactions au cours de l’occupation et des mémoires des événements. Aucune étude n’a encore été tentée sur ce sujet. Si le camp était largement fermé aux regards extérieurs, la population de Drancy n’a pu ignorer les immenses mouvements de population générés par les arrestations et les arrivées quasi-quotidiennes, ainsi que le transfert de dizaines de milliers d’internés en direction de la gare de Bobigny. A l’été 1943, ce sont des cadres et des ouvriers de l’entreprise Lainé, encore actuellement en activité en région parisienne, qui ont fourni leur compétence en vue de la modernisation du camp.

Ce problème de la visibilité du camp dans l’environnement urbain a été abordé récemment par le cinéaste Marcel Bluwal dont le film, Le plus beau pays du monde, est sorti en France en 1998. Il s’agit de l’histoire véridique de l’acteur Robert Hugues-Lambert, interné en 1943 au camp de Drancy pour homosexualité, au moment où il tient le rôle titre lors du tournage du film de Louis Cuny Mermoz. Remplacé pour les dernières scènes de tournage par le jeune acteur débutant Henri Vidal, futur époux de Michèle Morgan, Lambert accepte, avant sa déportation, d’en synchroniser les dernières scènes. Un camion des Buttes-Chaumont est sur place et un ingénieur du son a prévu une perche et un micro tendus à travers les barbelés du camp de Drancy. Le film Mermoz, ainsi achevé, sort le 3 novembre 1943 sur les écrans parisiens, tandis que le magazine Vedettes du 6 novembre consacre sa couverture à un portrait de Robert-Hugues Lambert dont l’internement à Drancy est délibérément occulté. En 1998, se fondant sur les révélations du producteur André Tranché, le film de Marcel Bluwal montre notamment la relative porosité entre le monde des internés et l’extérieur, en raison de la corruption des gendarmes chargés de la garde extérieure du camp. Des familles ou des proches ont pu laisser passer des messages et obtenir des réponses, mais aussi communiquer par signaux à partir des étages des immeubles situés dans l’environnement immédiat de la cité de la Muette.

Online Encyclopedia of Mass Violence® - ISSN 1961-9898 - Edited by Jacques Semelin