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Case Study:

Le camp de rassemblement pour Juifs de Malines : L’antichambre de la mort

Last modified: 29 mars 2010
Laurence Schram

mars 2010

Citer cet article

Laurence Schram, Le camp de rassemblement pour Juifs de Malines : L’antichambre de la mort, Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 29 mars 2010, consulté le 31 octobre 2014, URL : http://www.massviolence.org/Le-camp-de-rassemblement-pour-Juifs-de-Malines-L, ISSN 1961-9898

 F) Interprétations et qualifications des faits

En Belgique, Johannes Frank ne sera l’objet que d’une simple instruction entamée dès 1946. Cette enquête, dénommée par l’Auditorat Militaire ‘Dossier Malines’ concerne exclusivement des faits survenus dans la caserne Dossin, mais son importance médiatique est limitée. Le dossier est plutôt mince, Johannes Frank fait valoir, pour sa défense, l’amélioration des conditions de vie des détenus sous son commandement, ce que confirment d’ailleurs les diverses déclarations des témoins. Il est vrai aussi que l’internement à Malines, simple lieu de transit avant l’envoi vers un lieu de mort, paraît anodin au vu de la vie des détenus dans ‘l’enfer de Breendonk’ ou à Auschwitz-Birkenau. Son procès de se déroulera à Arnhem en juin 1949. Il avait été décidé de le juger dans le pays où les charges contre lui étaient les plus « graves ». Frank avait quitté précipitamment la Belgique en septembre 1944 afin de reprendre du service actif. Ses actes à Malines ont été considérés moins graves que les crimes qu’il avait commis aux Pays-Bas à partir de septembre 1944. Condamné à 6 années de prison, il sera libéré anticipativement en avril 1950 et rentrera à Essen, en Allemagne.

Parce que le procès de Philipp Schmitt est avant tout le procès de Breendonk, ses exactions, violences et détournements perpétrés à Malines constituent véritablement des faits annexes de l’accusation. Les dépositions récoltées auprès des anciens détenus de Dossin sont marginales par rapport à celles des anciens détenus de Breendonk. Comme dans le procès de Nuremberg, la question juive est subsidiaire. Le commandant Schmitt a été arrêté en novembre 1945 à Rotterdam, ramené en Belgique et incarcéré jusqu’à son procès en 1949. L’ouverture tardive de ce procès retentissant s’explique par le fait que la loi belge a dû être modifiée pour permettre à un tribunal belge de juger des militaires allemands. Jugé par le Conseil de Guerre d’Anvers, l’ancien commandant de Breendonk et de Malines se défend en niant les faits et en maintenant qu’il n’a fait qu’exécuter les ordres de Berlin. Il est déclaré coupable de 57 meurtres, de l’arrestation illicite de 35 Juifs et d’avoir été l’auteur ou le co-auteur de coups et blessures (Auditorat militaire, Procès Schmitt, Jugement, 57-58). Il est condamné à mort le 29 novembre 1949. Il introduit un recours en grâce, en vue de commuer la peine de mort en détention à vie. Cette demande est rejetée. Il introduit également un pourvoi en cassation. La Cour confirme sa décision. Il passe devant le peloton d’exécution le 9 août 1950 à Anvers (Hoboken). Le procès de Schmitt présente cette particularité qu’il est le seul nazi allemand à avoir été exécuté pour crimes de guerre en Belgique après la 2e Guerre mondiale.

La veille de l’exécution de Schmitt, le procès de Max Boden se conclut par une condamnation à 12 ans de prison. L’ancien responsable de la Aufnahme fait appel de cette décision, et, le 5 décembre 1950, sa peine est réduite de 4 années. Les faits retenus contre Max Boden sont principalement les humiliations, attouchements et violences perpétrées lors de la fouille des nouveaux arrivants, la mort de Bernard Vander Ham suite à des mauvais traitements et les brutalités sur la personne de Berthe Israels.

Le 26 novembre 1980 s’ouvre à Kiel ‘le procès de la ‘solution finale’ de la question juive’ (Klarsfeld & Steinberg, 1994, 611) en Belgique. Après le suicide le 4 octobre 1980 du principal inculpé, Ernst Ehlers, Kurt Asche, chargé des Affaires juives, comparait seul. Accusé de complicité de meurtre, il se défend par le silence ou par l’affirmation qu’il n’a fait qu’obéir aux ordres d’Ehlers et qu’il ignorait tout du sort réservé aux Juifs. Le tribunal de Kiel le condamne pour complicité de meurtre sur au moins 10.000 Juifs et sa contribution à la mort d’une majorité de déportés (Procès de Kiel, Jugement, 96). Le verdict est prononcé le 8 juillet 1981 : Kurt Asche est condamné à 7 ans d’emprisonnement. Le tribunal justifie sa décision : la peine peut sembler légère mais les juges ont tenu compte de l’âge avancé de l’inculpé, qui ne connaîtra plus la liberté. Leur principal souci a été que justice soit faite (Procès de Kiel, Jugement, 102-103).

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