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Les crimes de masse sous Staline (1930-1953)

Last modified: 21 décembre 2009
Nicolas Werth

décembre 2009

Citer cet article

Nicolas Werth, Les crimes de masse sous Staline (1930-1953), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 28 décembre 2009, consulté le 1er novembre 2014, URL : http://www.massviolence.org/Les-crimes-de-masse-sous-Staline-1930-1953, ISSN 1961-9898

 Les déportations de masse dans le cadre de la resoviétisation des pays baltes, de l’Ukraine occidentale et de la Moldavie (1947-1949)**

La résoviétisation des territoires annexés par l’URSS en 1939-1940 à la suite du pacte germano-soviétique, puis occupés par l’Allemagne à partir de juillet 1941, s’accompagne, à partir de l’automne 1944 d’une véritable guerre de pacification face à la résistance opposée par les guerrillas nationalistes baltes et ukrainienne. Les affrontements entre les unités spéciales du Ministère de l’Intérieur (« bataillons d’extermination ») et les « partisans » (appelés « bandits » par les autorités soviétiques) sont d’une extrême violence et se prolongent, dans certaines régions, jusqu’à la fin des années 1940, voire jusqu’au début des années 1950. Dans deux mémorandums secrets adressés le 26 mai 1953, quelques semaines après la mort de Staline, par Lavrentii Beria, au Praesidium du Comité central, le chef de la Sécurité d’État dressait le bilan suivant de la « guerre » menée en Ukraine occidentale de 1944 à 1952 : 153 000 tués dans les affrontements armés, 134 000 condamnés à une peine de camp, 203 000 déportés. En Lituanie, le bilan s’élève à 50 000 tués, 70 000 condamnés, 150 000 déportés. (Source : Lavrentii Beria.Dokumenty, Moskva, MFD, 1999, p. 46-49). Comme dans toute guerre de pacification de ce type, il est à l’évidence impossible de dresser une liste des massacres, exactions, tortures dont ont été victimes les populations civiles prises entre deux feux. On se bornera ici à citer les principales opérations centralisées de répression prises à l’encontre des populations civiles, sous la forme de déportations de masse.

10 septembre 1947 : Résolution du Conseil des Ministres de l’URSS sur la « déportation des membres des familles de partisans de l’OUN (Organisation des Nationalistes Ukrainiens) et des bandits ukrainiens ».

Octobre 1947-janvier 1948 : Environ 40 000 « membres des familles de partisans de l’OUN » sont déportés vers les régions de Karaganda (Kazakhstan), Kemerovo, Tioumen, Kirov, Sverdlovsk, Tcheliabinsk.

21 février 1948 : Résolution du Conseil des Ministres de l’URSS sur la « déportation des membres des familles des bandits et des nationalistes, ainsi que de leurs complices et des koulaks de la RSS de Lituanie ».

22-23 mai 1948 : Opération « Printemps » : arrestation et déportation de 36 932 hommes, femmes et enfants « membres des familles de bandits, nationalistes et koulaks » vers la Sibérie (régions de Krasnoiarsk, Irkoutsk, Tomsk). Dans les semaines suivantes, plus de 7 000 autres personnes sont déportées. (Sources : V. Zemskov, op.cit, p. 155 ; N. Bougaï, op.cit, p. 188 sq ; N. Werth, S. Mironenko, op.cit, p. 513-514).

4 octobre 1948 : Résolution du Conseil des Ministres de l’URSS sur la « déportation des membres des familles de partisans de l’OUN et des bandits ukrainiens ».

Octobre 1948-fin 1949 : Environ 50 000 « membres des familles de partisans de l’OUN » sont déportés vers le Kazakhstan, l’Oural et la Sibérie. Au début de 1953, le contingent des « membres des familles de l’OUN » inscrit dans les statistiques du Département des peuplements spéciaux du Goulag compte plus de 175 000 personnes. (Source : V. Zemskov, op.cit, p. 155, 226).

29 janvier 1949 : Résolution du Conseil des Ministres de l’URSS sur la « déportation des koulaks et leurs familles, ainsi que des membres des familles de bandits et nationalistes des RSS de Lituanie, Lettonie et Estonie ».

25 mars-10 mai 1949 : Déportation de 94 779 personnes (30 630 familles) des RSS de Lituanie, Lettonie et Estonie vers les régions de Krasnoïarsk, Irkoutsk, Tomsk et la RSSA de Bouriatie-Mongolie. (Source : N.Werth, S.Mironenko,dir, Massovye repressii v SSSR, Istoria Stalinskogo Gulaga, vol 1, Moskva, Rosspen, p. 517-521).

6 avril 1949 : Résolution du Conseil des Ministres de l’URSS sur la « déportation de la RSS de Moldavie des koulaks, ex-propriétaires fonciers, ex-commerçants en gros, collaborateurs, membres d’organisations fascistes et de sectes ».

6-7 juillet 1949 : Déportation de 40 850 personnes (11 280 familles) de la RSS de Moldavie vers les régions de Kourgansk, Tioumen, Irkoutsk et de l’Altaï. (Source : N. Werth, S. Mironenko, dir, op.cit, p. 524-528 ; P. Polian, Ne po svoiei vole, Moscou, OGI, 2001, p. 133-135).

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