Accueil du site   Theoretical Papers   Les massacres au temps des guerres de Religion

Theoretical Paper:

Les massacres au temps des guerres de Religion

Last modified: 28 décembre 2009
David El Kenz

janvier 2010

Citer cet article

David El Kenz, Les massacres au temps des guerres de Religion, Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 4 janvier 2010, consulté le 5 février 2012, URL : http://www.massviolence.org/Les-massacres-au-temps-des-guerres-de-Religion, ISSN 1961-9898

Dans sa représentation occidentale, le massacre naît à l’occasion des guerres de Religion, en France. Le massacre de la Saint-Barthélemy constitue alors le modèle indépassable du déchaînement des violences extrêmes à l’égard de civils sans défense. Durant cinq jours, de la nuit du 23 au 24 août au 29 août 1572, près de 3000 protestants sont massacrés, à Paris, alors que vient d’être célébré le mariage d’une fille de France, Marguerite de Valois, avec le chef du parti huguenot, Henri de Bourbon-Navarre. Les travaux historiographiques les plus récents estiment que la responsabilité de la tuerie revient à la famille royale, pour ce qui est de la décision d’éliminer les « huguenots de guerre » (Sutherland 1973 ; Soman 1974 ; Garrisson 1987 ; Kingdon 1988 ; Diefendorf 1991 ; Crouzet 1994 ; Bourgeon 1995). La peur d’un complot protestant, à la suite d’un attentat contre leur chef, l’Amiral Gaspard de Coligny, le désir de sauvegarder la concorde politique difficilement obtenue en 1570 ou éviter un tumulte catholique, guidé par l’Espagne, ont motivé la décision du coup de Majesté. Par ailleurs, les catholiques Parisiens, par effet de mimétisme et considérant être investis d’une mission divine, alors que des signes extraordinaires surgissent dans la capitale, se livrent à un massacre populaire, de beaucoup plus meurtrier. Finalement Charles IX assume le massacre dans sa totalité, mais exige aussitôt l’arrêt de la tuerie populaire, marque d’un désordre intolérable et contraire au dessein monarchique poursuivi depuis une décennie. Toutefois, des massacres localisés se déclenchent jusqu’à l’automne dans le royaume et aboutissent au meurtre de 7000 victimes supplémentaires. (Benedict 1981).

Plus aisément que les massacres contemporains, la distance chronologique permet un regard rétrospectif sur l’élaboration du massacre de la Saint-Barthélemy comme événement, c’est-à-dire une rupture irrémédiable et absolue dans la continuité historique. La méthode historique demeure, néanmoins, une discipline du relatif ; le massacre de la Saint-Barthélemy doit être évalué à l’aune des pratiques des violences religieuses de la période. S’impose ainsi l’approche de la contextualisation, antidote aux interprétations anachroniques du fait massacreur ; toutefois, il faut aussi en explorer ses limites afin de ne pas tomber dans la banalisation qui viderait, de fait, la nature événementielle du massacre.

Online Encyclopedia of Mass Violence® - ISSN 1961-9898