Le gouvernement de Boisrond-Canal et du général Nord Alexis affronte les troupes rebelles d’Anténor Firmin. (Nord Alexis l’emportera et gouvernera jusqu’en 1908).
1902, 8 août : A Petit-Goâve, 450 civils auraient péri dans l’incendie de la ville supposément provoqué par les forces gouvernementales du général Carrié pour déloger les forces firministes de la ville, ce que démentit l’intéressé.
* (Gaillard, 1993:70-73)
1902, 17 septembre : 10 « paysans désarmés » des forces gouvernementales sont tués sur ordre du général firministe Laborde Corvoisier à la suite d’une bataille au Limbé (nord du pays). Les six premiers sont des adolescents qui, blessés, sont achevés dans une infirmerie de campagne ; les quatre autres sont exécutés « pour l’exemple » (sic) par un peloton d’exécution, toujours sur ordre de Corvoisier. Le nombre, même approximatif, de victimes civiles et de combattants désarmés pendant cette guerre civile demeure inconnu, mais selon l’historien Roger Gaillard, la paysannerie a payé « un lourd tribut ».
* (Gaillard, 1993:180-181)
1908, 14 mars : Au moins 27 opposants ou supposés opposants et pour la plupart membres des élites intellectuelles et sociales, sont arrêtés et exécutés, dans la soirée du 14 mars, sur ordre de Nord Alexis. Plusieurs d’entre eux ont leurs corps mutilés. Massillon Coicou, un des poètes haïtiens les plus importants du début de siècle, est la première victime de la tuerie. (Sa mort inspire au poète français Apollinaire Le poète assassiné .) Le corps de Coicou est décapité avant d’être jeté dans une fosse.
Durant toute la durée du régime, la dictature de Nord Alexis pratique l’exécution sommaire de ses opposants, généralement sur ordre direct d’Alexis lui-même. Notons toutefois que les femmes et les enfants étaient systématiquement exclus de la répression (mêmes les épouses des chefs des diverses rébellions qui se levèrent contre le régime d’Alexis). A la chute de Nord Alexis, plusieurs procès jugent, et gracient, les différents responsables politiques et militaires de la tuerie.
*** (Jolibois, 1988:46-48,213-54 ; Gaillard, 1995:267-272 ; Gaillard, 1998:86).
1915, 27 juillet : Des partisans armés du Président Guillaume Sam ainsi que des troupes du Général Charles Oscar Etienne tuent 167 prisonniers politiques emprisonnés les jours précédents au Pénitencier National (Port-au-Prince). Ils sont exécutés dans leurs cellules même, au travers des grilles. La très grande majorité des victimes appartiennent aux élites intellectuelles et sociales de la capitale. Les deux responsables de la tuerie, Sam et Etienne, sont lynchés par la foule le jour suivant alors qu’ils avaient trouvé refuge, respectivement à la délégation de France et au consulat dominicain. Plusieurs des auteurs de la tuerie (des soldats et des geôliers) sont jugés et acquittés en juillet 1917. La mise à mort de Vilbrun Sam fournit le prétexte, le 28 juillet, au gouvernement des États-Unis pour intervenir et occuper Haïti. * * * (Michel, 1998:36-42 ; Gaillard, 1973:87-99)