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Les violences de masse japonaises et leurs victimes pendant la "guerre de Quinze Ans" (1931-1945)

Last modified: 17 mai 2011
Arnaud DOGLIA

mai 2011

Citer cet article

Arnaud DOGLIA, Les violences de masse japonaises et leurs victimes pendant la "guerre de Quinze Ans" (1931-1945), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 13 mai 2011, consulté le 17 mai 2012, URL : http://www.massviolence.org/fr/Les-violences-de-masse-japonaises-et-leurs-victimes-pendant, ISSN 1961-9898

Les violences de masse japonaises et leurs victimes pendant la “guerre de Quinze Ans” (1931-1945)

Arnaud DOGLIA, Université de Genève, Mai 2011

Vue d’ensemble

De la fin du XIXe siècle jusqu’en 1945, le Japon se positionne comme une nation coloniale au même titre que les autres grandes puissances. Suite à la restauration de Meiji de 1868, il est possible d’identifier clairement une volonté de transformer le Japon en un État capable de rivaliser avec les puissances occidentales et de leur résister. Après une série de victoires militaires, les territoires voisins sont peu à peu transformés en colonies. À la fin des années 1930, et nonobstant la Chine, la plus grande partie de l’Asie du Nord-Est est sous domination japonaise. Les îles Kouriles (acquises par traité en 1875), Taiwan (1895), la moitié sud de l’île de Sakhaline (1905), les territoires du Kwantung (1905), la Corée (1910) et les îles du Pacifique sous mandat japonais (1919) tombent les uns après les autres dans la sphère d’influence japonaise en voie de constitution. Ainsi, l’expansion japonaise se dirige-t-elle vers l’Asie du Nord-Est, vers l’Asie du Sud-Est mais également vers le Pacifique, avec les territoires pris à l’Allemagne.

Cette situation sert les intérêts des élites militaires et politiques à Tokyo : le nationalisme est un sentiment politique en expansion dans le pays et les victoires récemment remportées rappellent au Japon qu’il doit étendre et sécuriser ces territoires fraîchement acquis outremer. Dans ce but, l’armée du Kwantung (関東軍 Kantô gun en japonais) est créée en 1919 afin de défendre les intérêts de l’archipel sur le continent. La péninsule coréenne (annexée en 1910) et la Mandchourie du Sud (où les intérêts économiques japonais sont de plus en plus considérables) sont l’objet d’une large campagne de propagande par le gouvernement après la Grande Dépression de 1929. On montre le continent comme un nouvel eldorado pour la population. La poursuite de la colonisation du continent asiatique est alors présentée par les milieux nationalistes comme la seule option pour la survie de l’Empire japonais ‒ notamment à travers la mise en place d’une forme d’autarcie économique. Dans la perspective des élites de Tokyo, même si le Japon s’étend au sud-est et dans le Pacifique, c’est en privilégiant le contrôle de l’Asie du Nord-Est que cet objectif sera atteint.

Les autorités japonaises coloniales voient d’un très mauvais œil les tensions grandissantes entre les populations locales (harcelées par les mouvements ultranationalistes japonais) et les pionniers venus de l’archipel s’installer en Mandchourie. Ces résistances sont autant de prétextes avancés par l’état-major japonais stationné sur le continent pour exercer une pression de plus en plus forte sur les autorités chinoises en Mandchourie du Sud, où le pouvoir politique est de facto aux mains d’un seigneur de guerre local, Zhang Zuolin, qui ne sera éliminé qu’en 1928. Le 18 septembre 1931, l’armée du Kwantung commandite un attentat sur une voie ferrée appartenant à la Compagnie du chemin de fer sud-mandchourien et dénonce immédiatement un acte de sabotage orchestré par les Chinois. Il apparaît alors clairement qu’on ne peut considérer l’armée japonaise comme un monolithe agissant de manière similaire en tout lieu, et cet épisode démontre l’existence d’un certain degré d’autonomie au sein de cette structure particulière : l’armée du Kwangtung a une responsabilité bien spécifique dans le déclenchement du conflit.

Encyclopédie des violences de masse® - ISSN 1961-9898